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Saviez-vous que la première voiture à dépasser les 100 km/h en 1899 était… électrique ?

Le 18 décembre 1898, le tout premier record automobile de vitesse au sol n’est pas signé par une voiture à pétrole. C’est un engin électrique qui ouvre officiellement le bal à Achères, dans les Yvelines, en atteignant la vitesse de 63,15 km/h.

Oubliez l’image de la voiture électrique comme une invention récente ou une simple alternative écologique. À la fin du XIXe siècle, c’est elle qui mène la danse et qui repousse les limites de la physique sur le bitume.

En l’espace de seulement quatre mois, une rivalité féroce entre deux pionniers va propulser l’humanité vers un seuil que l’on croyait alors infranchissable. Vous allez découvrir comment une étrange torpille sur roues a brisé le mur des 100 km/h bien avant que l’essence ne domine notre imaginaire collectif.

Cette épopée technologique se joue dans un sifflement électrique, loin du fracas des moteurs à explosion que nous connaissons aujourd’hui. Préparez-vous à un retour dans le temps où la fée électricité était la reine absolue de la vitesse pure.

Torpille électrique grise sur petites roues, conducteur juché au-dessus, route d'Achères

1898-1899 : le livre des records s’ouvre à l’électrique

Tout commence sur une route rectiligne du Parc agricole d’Achères. Le comte Gaston de Chasseloup-Laubat s’élance à bord d’une voiture électrique Jeantaud pour établir la première marque mondiale de l’histoire automobile.

À cette époque, les épreuves sont organisées par la revue La France automobile. Le chronométrage est précis et les résultats sont relayés avec passion par la presse de l’époque.

Mais le comte n’est pas seul sur la piste. Un ingénieur belge, Camille Jenatzy, décide de relever le défi avec ses propres créations électriques.

Entre décembre 1898 et avril 1899, les deux hommes se livrent un duel sans merci. Chaque record tombe l’un après l’autre, et à chaque fois, c’est l’électricité qui gagne.

Le 4 mars 1899, Chasseloup-Laubat porte son véhicule profilé à 92,78 km/h. On sent alors que la barre mythique des 100 km/h n’est plus qu’à une portée de batterie.

Pourquoi l’électrique dominait-elle ainsi ? Le moteur électrique offre une puissance maximale de manière quasi instantanée, ce qui en faisait l’arme idéale pour ces sprints chronométrés.

À cette période charnière, ces machines étaient perçues comme le sommet du luxe et de la performance. Elles étaient silencieuses, propres et surtout, incroyablement rapides sur de courtes distances.

29 avril 1899 : la torpille Jamais Contente casse les 100 km/h

Le samedi 29 avril 1899, l’histoire bascule définitivement. Camille Jenatzy se présente à Achères avec un engin au design radical, baptisé la Jamais Contente.

📊 LES CHIFFRES DE L’ESCALADE :

  • 18/12/1898 : 63,15 km/h (Premier record reconnu par Jeantaud).
  • 04/03/1899 : 92,78 km/h (Dernier palier avant le grand saut).
  • 29/04/1899 : 105,88 km/h (La Jamais Contente entre dans la légende).

La voiture ressemble à un obus gris posé sur quatre petites roues. Sa carrosserie est faite de partinium, un alliage léger à base d’aluminium, pour gagner chaque gramme possible.

Sous cette coque fuselée, on trouve deux moteurs électriques Postel-Vinay développant environ 68 chevaux. Le poids total atteint 1 450 kg, dont près de la moitié provient des lourdes batteries au plomb Fulmen. Une contrainte de masse qui rappelle d’ailleurs à quel point le poids des batteries des voitures électriques modernes reste un enjeu technique majeur.

Jenatzy s’installe aux commandes, juché de manière précaire au-dessus du fuseau. Dans un sifflement aigu, il parcourt le kilomètre lancé en 34 secondes pile.

Le verdict tombe : 105,88 km/h. Pour la première fois, un être humain dépasse la barre des 100 km/h à bord d’une automobile, et c’est une électrique qui réalise l’exploit.

Ce record restera au sommet du monde jusqu’en 1902. Il faudra attendre trois ans pour qu’une voiture à vapeur, puis à essence, ne vienne détrôner la torpille grise.

Aujourd’hui, vous pouvez encore admirer cette pièce unique. Elle est conservée au musée national de la Voiture, au sein du château de Compiègne, où elle témoigne de cette époque audacieuse.

Imaginez ce spectacle absurde et magnifique : un homme perché sur un obus de métal, fendant l’air à une vitesse alors jugée terrifiante. C’est ainsi que l’aventure de la vitesse automobile a commencé, bien loin des pompes à essence, dans le silence d’un moteur à batteries qui a marqué l’histoire à jamais.

Si vous passez par Compiègne, allez saluer cette ancêtre. Elle vous rappellera que le futur de l’automobile ressemble parfois étrangement à son tout premier chapitre.

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